JEAN-LUC MOERMAN

Bruxelles – Belgique

 
Jean-Luc Moerman est un artiste bruxellois dont l’originalité de la pratique picturale reçoit toute l’attention de la scène internationale de l’art contemporain. Son activité est étonnamment prolifique : conception de formes sur ordinateur, dessin sur du papier ou des photographies de magazines, peinture sur toile ou aluminium, peinture murale, découpage de vinyles ou mousses, collage d’adhésifs… 

Les formes sont abstraites mais profondément organiques, les couleurs sont éclatantes et fluorescentes. Les motifs semblent relever de logotypes tout en étant en perpétuelle mutation. 

Ci-joints, en quelques mots, les éléments qui m’ont motivé à intervenir dans le projet Strokar-Delhaize.

Ce supermarché est celui où j’ai fait mes courses pendant des années. Il a été fermé il y a un an. J’ai été surpris d’apprendre plus tard que les lieux, abandonnés, allaient se transformer en une plateforme dédiée aux arts urbains. Et ravi d’y être invité. Jamais je n’aurais imaginé que j’allais y passer l’été à peindre et remodeler l’espace central du parking où je me suis garé si souvent. C’est le genre de hasard que j’ai toujours accueilli avec beaucoup de plaisir.

Le bon petit Occidental vit en permanence avec cette illusion qu’il peut prévoir les choses, qu’il décide et dirige 95 % de sa vie. Pourtant j’ai l’impression que c’est l’inverse… C’est vrai que quand on est dans une routine, on a le sentiment rassurant de contrôler son existence, on oublie la contingence qui caractérise tout dans notre monde, on se blottit même dans une forme de déni. N’importe quel groupe humain, y compris artistique, qu’il soit même street ou underground, s’enferme dans un style et des attitudes « clichés ». Et chacun de ses membres se repaît de ce vide, un peu comme un enfant qui suce son pouce, ou comme une nonnette qui fait des centaines de tours dans le préau de son couvent en priant pour un hypothétique salut.

La seconde surprise est venue de l’espace que j’ai redécouvert dans le bâtiment vide. L’agencement complexe des volumes m’a tapé dans l’oeil … J’y ai vu la possibilité de jouer avec trois dimensions, d’essayer quelque chose d’inédit pour moi, tout en maintenant une continuité avec mon travail en atelier et en acceptant l’éventualité de voir mes créations à venir influencées ou même transformées par cette expérience.

J’ai d’abord mis en lumière certaines faces sombres ou timides de l’architecture existante en appliquant sur chacune de la couleur, tout simplement. Je me suis ensuite servi de l’ensemble géométrique ainsi créé comme d’un socle, un écrin plutôt, où j’ai laissé s’enraciner mes formes organiques qui ont ensuite envahi librement les murs et les sols.

A l’inverse de ce qui se produit quand je travaille sur une toile, ici j’ai eu besoin de soigner d’abord le cadre pour ensuite attaquer l’intérieur de mon volume.

Et j’ai tenté de maintenir une tension entre moi, les cœurs de l’ouvrage et le contexte, afin que quelque chose de fort en émerge. En ce sens, comme pour mes dessins ou mes tableaux, rien dans ce travail n’a été prédéfini, tout a été improvisé … Pas de brouillon, de croquis, de trame numérotée ou de projection lumineuse. Les lignes ont été tracées d‘un seul geste, sans gommage ou regard en arrière, et toutes les couleurs ont été choisies à l’instinct.

C’est comme dans la vraie vie : on ne modifie pas le passé, il y a un chemin à tracer, on avance et on tient jusqu’au bout.

JLM 

#jlm6900
FB : Jean-Luc Moerman